pas si mal

Je décidai de parler pour ne rien dire et me rendis compte assez rapidement que cet exercice s’avérait moins difficile qu’il en avait l’air. Je m’en étais fait toute une montagne alors que je me révélais assez douée en un temps record, sans me vanter. Je commençai par évoquer les injustices mondiales en poussant des hauts cris indignés et en désignant les coupables du doigt, puis j’enchaînai avec les problématiques liées au dérèglement climatique (je n’y connaissais rien mais j’avais appris par cœur des termes savants que je lâchais de temps en temps dans la conversation et qui eurent leur petit effet sur mes interlocuteurs), enhardie par ma performance, je me mêlai avec joie à des controverses facebookiennes, je disputai avec des inconnus rageurs, j’avais des avis sur tout, je défendais mes non-opinions avec enthousiasme, je poursuivis l’entrainement en commentant longuement l’affaire Matzneff et le dernier clash de Christine Angot, puis je finis ma journée en consolant une amie qui venait de subir une rupture avec des phrases telles que « Un de perdu, dix de retrouvés » ou «  Ce qui ne tue pas rend plus fort ». Pour une première, c’était un vrai succès.