Baïnes mixtapes

Ok Google

dis voir un peu

pourquoi le film

Petit Paysan

m’a mis tellement

en rogne ?

Et je préfère taire

ce que je ressens

à la vue de l’affiche

de Roxane

cette histoire de poule

où il doit être encore

question

de vendre la ruralité

sous forme de carte postale…

Une carte postale

comme c’est malvenu

Presque une insulte

à l’adresse

de ces gens qui ne partent

jamais en voyage pour mieux vivre

et mourir

arrimés à leurs terres

Et c’est devenu

presque impossible

de crever

en croyant dur comme fer

que les choses

même les plus obscures

se transmettent encore

de génération en génération

pendant que tant d’autres

rêvent de mobilités

et de télétravail

en région bio et patati

si possible

mais loin des tas de fumier

de ce qui sent la vache

et patata

Du chant du coq

dont ils découvrent

avec stupeur

que « ça » ne concerne pas

que l’aube

le chant du coq

les pintades les conflits

de canard

les poules…

Mais poser la question

c’est déjà y répondre

Voilà ce qu’on peut lire

partout

à longueur d’articles

écrits

avec les pieds…

A chaque fois que l’été

revient

la lumière qui ne meurt

jamais

se reflète sur l’océan

Je repense à ce mois d’août

quand je quittais la ferme

pour aller rejoindre

des ami(e)s

et ils avaient rassemblés

leurs trois mois d’économies

pour louer une petite maison

C’était au Cap Ferret

bien avant que Guillaume Canet

et son insupportable clique

tente de faire tenir

cette presqu’île fantastique

dans une mixtape

où même le DJ triche

où surtout

le corps des danseurs ment…

Mais poser la question…

Oh allez ça suffit

Supposons que l’été

campagne et océan compris

supposons que je m’y sente

toujours chez moi

Alors cette lumière ne mourra jamais

A la fin de ma requête

je serai revenu à la maison

et rien n’aura changé

et on m’aimera…

Ok Google

explique-moi

pour quelles raisons

les livres de Marie-Hélène Lafon

me donnent envie de vomir

toute leur nostalgie frelatée

du monde rural

par le nez la queue

et le cul

sitôt qu’une crise d’hémorroïdes

lui donne une allure

de terrain de manœuvres…

Ok Google

trouve-moi en vitesse

un film

qui raconterait la vie et l’œuvre

d’une bande de chinois

pendus

par les nattes

entièrement tourné

dans les décors du premier

Dario Argento

à Cinecittà…

Mais les bars sont toujours

situés

en voiture 4

et même le sable qu’on peut

débaucher

sur les quais de Seine

vaut mieux

que toute cette petite affaire

de mélancolie

alors qu’on voudrait lancer

des chats

à la figure de toutes les filles

qui habitent encore

cet été-là

en leur répétant

malgré leur visage silencieux

qu’on les aimera encore

longtemps

et même la pluie n’y pourra

rien…

Toute déception découle

d’une attente contrariée

Nous voilà de retour

au Cap-ferret

cet été-là

Par la magie d’une de ces

boucles spatio-temporelles

que la mémoire vous colle

sous le nez

au moment où on ne s’y attend

pas

C’est Jeff qui parle

et je fais de mon mieux

pour retranscrire

contextualiser

Jeff n’a rien à voir

avec la bande d’ami(e)s

fêtards branchés et bourgeois

les trois à la fois

que je suis venu rejoindre*

« au Ferret »

Il est fils d’ostréiculteur

vit à Gujan-Mestras

ailleurs sur le Bassin

Il n’a pas envie de travailler

« aux huîtres toute sa vie »

Aimerait « bosser dans le son

et s’exilera bientôt

à Paris pour taffer un peu

dans la restauration… »

Jeff prend « la pinasse »

chaque vendredi soir

pour repartir

le lundi matin

Il nous refile

ses mixtapes « faites maison »

Un viatique

qui lui permet de taper l’incruste

« en frérot » dans nos soirées

Il a un look de fan de Métal

mais ses mixtapes regorgent

de Curtis Mayfield de James Brown

et d’hymnes Punk

et New Wave

où de grands oiseaux

mazoutés

croonent à qui mieux mieux

leurs romance nerveuses

de lapins anonymes

Toutes ses mixtapes « faites maisons »

s’intitulent Baïnes

Baïnes volume 1 Baïnes volume 2

et ainsi de suite

jusqu’à la consommation

du mois d’août…

Ok Google

donne-moi la définition

exacte du mot « Baïne »

Oh et puis ça suffit

Je sais

Une baïne c’est « un bassin

d’eau apparemment inoffensif

à noyade éventuelle »

Je sais

c’était écrit sur les panneaux

de la plage surveillée

du « Ferret »

Je sais à quel point

c’est dangereux de s’y baigner

Les petits trucs qui traînent

en longueur

de Guillaume Canet

ont fini par s’y noyer

corps et âme

à force de vouloir mixer

à la sauvette

Pascal Thomas

en tapant l’incruste

chez Claude Sautet…