Cet endroit un peu vide

Salut-salut la poésie…
quand tu arrêteras
de faire semblant
de pleurer
le spectacle de la mort
et les malheurs
de tout ceux dont l’ombre
s’efface toujours après
tes mots qui s’attroupent
comme une foule menteuse
Salut-salut la poésie…
les pauvres gens
n’ont pas besoin
qu’on s’apitoie à leur place
Peut-être tu te figures
qu’en feignant de leur
donner la parole
tu retarderas ce moment
où leurs corps rejoindront
définitivement la poussière
Peut-être es-tu naïve
à ne pas croire
Peut-être es-tu innocente –
alors qu’il n’y a plus
d’innocence.
Que toute cette innocence
pour de faux
c’est juste du commerce
qui revient te visiter
périodiquement
sans rien rapporter
à personne –
oui peut-être es-tu
faussement innocente
au point de te convaincre
qu’en faisant descendre
un peu de chaleur
sur leurs visages
de bêtes presque mortes
tu empêcheras leur souffle
glacé et blanc
de se perdre
dans le silence et le néant
des bouches du métro
qui ne s’ouvrent même plus
pour eux
oui tiens par exemple…
Salut-salut la poésie…
t’as pas envie de faire
un truc utile
pour une fois
au lieu de te demander
si les mots de tous
ces autres
qui ne sont pas toi
sont feints ou véritables?
Est-ce que le soleil
qui se couche devant
tes petits cercueils
sur mesure
où tu voudrais que le monde
cet endroit un peu vide
vienne trouver le repos
n’est pas le seul
écrivain véritable?
Salut-salut la poésie…
n’attends pas que la terre
finisse par te reprendre
c’est déjà pas si mal
qu’elle consente
à te recevoir
Oublie ta grandeur
ta beauté ridicule
le nombre et la puissance
qui te manqueront toujours
Mets un gigot de sept heures
à cuire
carafe un peu de vin
ça prend cinq minutes
Oui rends-toi un peu utile…