CLIC CLAC

Si je déplace le canapé ici et la bibliothèque à la place du canapé je gagnerai un centimètre de ce côté et un peu plus d’espace de l’autre. Et un peu plus de lumière. En tous cas ce sera bien mieux. Ça fera bien plus salon que maintenant. Et si je m’y mets tout de suite j’aurais terminé vers 13h.

Il est 8h30, je bois mon café, j’évalue les travaux à vue d’œil. Des jours et des jours que l’envie me prend de tout changer. Comme la dernière fois. D’ailleurs je ne me souviens plus pourquoi je n’ai pas tenté de déplacer le canapé ici alors que c’est évident qu’il a ici toute sa place. Un, deux, trois pieds et ici un, deux, trois pieds et un orteil. Ça passe pile ce qu’il faut. Avec même une légère petite marge. On dirait que c’est calculé pour, je me réjouis que tout aille dans le bon sens, comme si tous les éléments se montraient favorables à la réussite de ma petite entreprise de décoration qui une fois encore risque de faire râler mes deux zozos alors qu’objectivement je ne vois pas très bien en quoi ça peut les fatiguer de me voir m’épuiser à soulever, transporter, ranger, nettoyer, sans que  jamais ils ne bougent un petit doigt pour me venir en aide. Ah ça non ! ils me regardent en faisant semblant de ne pas me voir et ils soupirent comme si j’incarnais une entrave à leur bien être ! parce que, passe encore que je m’agite, mais que je vienne déloger leurs fesses de ce maudit canapé alors qu’ils sont occupés à ne rien faire, c’est juste impensable ! Heureusement pour eux que je ne me laisse pas aller à leur tentative de découragement et que je pense collectif. D’ailleurs, va falloir y aller.

L’enfant descend. Elle me regarde sans dire un mot et ne réclame même pas un petit déjeuner. Je lui prépare une petite tartine avec un jus de fruit. L’occasion de prendre un deuxième café et de déterminer par quoi je devrai commencer.

Elle s’est assise dans le canapé, emmitouflée sous une couverture. Je lui explique que ça ne sera pas possible de rester là. Que tout ici va changer. Je lui montre avec mon index ça ça va ici et ça là-bas, ça va être chouette non tu ne trouves pas ? Elle ne me répond rien du tout. Les gosses n’ont aucun intérêt pour les petites choses qui paraissent anodines mais qui font tout, les gosses à part eux, rien ne les intéresse.

Je la regarde, elle est pâle. Et avachie sur le canapé. Les yeux vitreux et la bouche pleine de râles elle me dit :

Je ne me sens pas bien. 

Et c’est vrai, ça se voit. 

Cernes, mine blafarde, aucun enthousiasme.

Je lui demande tu te sens pas bien comment ? C’est le ventre ? Et elle est blanche, nom de dieu ce qu’elle peut être blanche et molle.

J’aurais voulu l’aider. 

Probablement dans la demi-heure elle allait me faire un gros pâté sur le canapé.

Ma mère m’avait dit tu verras, une mère peut tout faire pour son enfant, absolument tout. 

J’ai posé un seau à ses pieds et vite changé de pièce.

Toutes façons le canapé est très bien là où il est.