Couler de source

Je me suis réveillée à 4h c’était l’été,

nous étions des robes soulevées par la danse

et tout commençait.

Un géant m’a pris dans ses bras

il ne me paraissait pas naturel

non pas qu’il soit géant

mais sa joie difforme

embarrassait ma jupe.

Le non céda au silence

de sa charpente.

Dans ses bras donc

j’ai volé

haut

fort

contre le mur

puisqu’il voulait décrocher ma mâchoire

et qu’il en riait d’avance.

Soulevée par la danse

densité grave

traînée sur des mètres

éparpillée.

Le choc m’a réveillé.

La mort a frappé

en pleine figure.

Dans ma tête je suis passée à autre chose

puisqu’en vie

repliée à modifier

le destin de cette nuit.

Dans ma tête une fille s’est mise à écrire des poèmes

j’entendais qu’on disait d’elle

ça coule de source.

Cette fille a le poème évident

comme de l’eau

coule de la source

et j’aurais dû

prendre la peine de me lever

au beau milieu de la nuit

noter son poème

avant qu’il ne m’échappe

mais j’ai paressé

dans la nuit

jusqu’au tram du matin

jusqu’au carré les sièges par quatre

au carré la tête

du type qui hurlait

en découdre avec la voix

en découdre avec les yeux et les mains

complètement fou

sans prise

avec le réel.

Ce matin, on aurait dit ma nuit.