De l’amour et des crevettes

Le dimanche on allait déjeuner chez mon père. Il ramenait de chez son poissonnier un grand plateau de la mer pour nous faire plaisir.

Un grand plateau en polystyrène avec de la glace pilée sur lequel une partie des joyaux de la mer était à table.

On ne pouvait rien mettre d’autre tellement c’était grand.

On avait l’air tout petit à côté.

J’aurais préféré un steak-frites mais maman disait que les crustacés c’était très cher et que c’était très bon et que c’était pour nous faire plaisir.

Alors bon, je n’ai jamais osé demander un steak haché.

Je n’ai jamais rien mangé non plus le dimanche.

Pendant des années.

Mais ça faisait plaisir.

Il n’y avait jamais de crevettes non plus.

C’était des gambas.

Et le crabe c’était pas un crabe.

C’était un tourteau.

N’empêche que les crevettes je peux encore en manger alors que les huîtres c’est foutu.

Foutu de chez foutu.

Un jour comme ça c’est plus passé.

Un jour tu manges des huitres et ce jour-là, tu sais que tu ne peux plus en manger.

Une allergie à l’iode il parait.

Tu chopes ce truc tu crois crever.

Et terminé les huitres

A vie.

La bouffe c’est comme l’amour.

Un jour tu aimes.

Un jour tu aimes plus.

Heureusement, il te reste les crevettes.