Des situations

Tu sais

mon joli garçon

me dit-elle

les gens qui voyagent

ont toujours

quelque chose à dire

Je ne veux pas

savoir

d’où tu débarques

puisque nous nous

sommes reconnus

dans le gris

du premier soir

Le premier soir

de l’été

Tu fais le malin

avec tes histoires

de mélancolie du corps

Parce que je suis chercheuse

Et toi dans la vie ?

Ah oui…

Tu essayes d’être heureux

Ah oui ?

Tu fais le malin

Quand j’avance ma main

sur le prêt à manger

tu recules la tienne

pour le moment

Toi et moi

est-ce qu’on…

Oui je fais cette moue

enfantine

parce que ça m’arrive

encore

de m’endormir

en regardant de vieux

dessins animés

Oui tu as peur

des rats et des chiens.

Et alors ?Et après ?

Nous ne nous promènerons jamais

sur les quais vers la gare

d’Austerlitz

Tu dis : les serveurs

à Paris

sont comme les femmes

chez La Bruyère

extrêmes

Pires ou meilleurs

que les autres

Je suis chercheuse

en sociolinguistique

Tu fais le malin

Et c’est à ton tour

d’avancer la main

sur le prêt à manger

où cette fois la mienne

recule

Et alors ? Et après ?

Tu sais

mon joli garçon

la vie c’est du théâtre

C’est des situations

Je te parle tu me réponds

Tu évoques ta situation

et puisque moi aussi

qu’est-ce que tu crois

j’ai une situation…

Dis-toi seulement

que je suis la mort venue

du ciel

si ça te rassure

Et qu’un jour

nos sentiments nous perdront

Tu sais

mon joli garçon

à la troisième bière

le monde bascule

et nous ne disposons

plus

de détecteur de chagrin

d’amour

On ne décide ni des

représailles

ni du moment

où elles auront lieu

Même si on ne se promène

jamais

le long des quais

vers la gare d’Austerlitz

parce que oui les rats

et oui les chiens

et oui ma moue enfantine

tu pourrais te laisser aller

à me dire: je t’aime

et bien sur je n’y croirais pas

Ensuite

je te textoterais peut-être :

tu n’as même pas eu

l’élégance

d’oublier ton paquet de clopes

et même pas l’ombre

de ton caleçon

En revanche la trace

de tes quenottes

entre mon cou et mon épaule

En revanche la trace de tes…

Et tu ne serais pas plus

avancé

Tu sais mon joli garçon

à chaque période

de notre vie

je crois qu’il faut

souffrir un peu

perdre quelque chose

Je suis chercheuse

je fais la maline

te parle d’Odin

qui se pend neuf jours

et neuf nuits

Toi dans la vie

ah oui c’est vrai…

tu essayes d’être heureux

Et sur tes lèvres

je devine cette histoire

d’étudiant qui avale

une limace

à la suite d’un pari

perdu…