EDITO #4 : L’empire de personne

Il fallait bien qu’on vous souhaite de belles et longues vacances, parce que, au cas où le monde l’ignorerait encore, oui, les poètes de N.A.W.A sont des gens d’une banalité aussi affligeante que le commun des mortels. Du reste, elles et ils ont mêmement suivi les records d’audience battus par cette bonne vieille canicule. L’été, bon sang ce qu’il peut faire chaud, sauf quand il pleut et que les températures se remettent soudain à chuter. Alors quoi ? Partir plutôt vers la mi-août ? Débuter son congé annuel carrément dès juillet ? Pas de panique, ami(e)s lecteurs et même vous les autres. Puisque N.A.W.A promet de vous faire partager, et même à tout l’univers, ses petites expériences estivales, forcément vécues au ras du sublime. Des histoires, par endroits presque sans paroles à part les cris silencieux d’un petit noyé. Des histoires d’avant vos dix-sept ans et de bien des quarantaines plus tard. Ici, à la plage où l’hyperbole peut aussi bien se tartiner à la mayonnaise et à l’Aloe Vera. Et même à la ferme, pour tous ceux qui n’iront pas patouiller dans les vagues de sitôt. Des histoires diabolo-moules et même l’histoire d’une Marie Kondo de poche, tristement empêchée de suivre sa vocation. Parce qu’elles et ils, les poètes de N.A.W.A, sont tout à fait capables de sous-louer, pour deux mois, leurs petites résidence autarciques d’auteur, aux seules fins de conquérir l’empire du soleil et de l’été. Parce qu’elles et ils savent bien, qu’à la fin et au commencement, l’été n’est l’empire de personne. Qu’écrasés sous la chaleur estivale, il arrive très souvent que passé, présent et futur soient reliés, l’espace d’une visioconférence mélancolique, aujourd’hui via Facetime, hier sous les porches d’une ville que ses habitants s’apprêtent encore à déserter, pour fuir les promesses d’un avenir sans espoir, la lâcheté d’une histoire sans lendemain…

Pendant que vous vous tourniez les pouces, pesant le pour et le contre – voiture de loc’, avec ou sans clim’, pour limiter ou pas l’émission des gaz à effet de serre ? Rattraper tous ces cours de pilate perdus, au bistrot entre potes tous heureux d’être malheureux ou dans vos dîners de filles submergés de rosé pamplemousse, grâce à des tutos, certes astucieux mais bon, hyper hyper physiques koméme ? – oui, pendant que vous ne saviez plus où donner de la tête face à un tas des choix cornéliens – louer pas trop loin de vos amants-vos maîtresses ? Où abandonner le chien alors que les enfants siestent leurs tartines au Nutella ? Et vos chats et votre saloperie de hamster, vers quelle âme charitable se tourner lors de la fête des voisins, pour qu’elle ou il accepte de nettoyer la litière, de subir, momentanément mais à votre place, leur petit règne animal ? – , oui pendant que vous preniez de profondes inspirations en ruminant tout ça, elles et ils, les membres de N.A.W.A, n’ont pas chômé.

Il n’y a pas de barbecue sans braise. Pas de premier chagrin d’amour sans siège arrière redressé juste avant les premières bonnes feuilles de l’Éducation Sentimentale pour les nuls. Non pas de panique. Les gens de N.A.W.A ont l’âme suffisamment charitable et ne sont pas du genre à se languir dans quelque hamac pourlingue en guettant les premières dépressions d’automne. Même pas du genre à épuiser les magies noires d’un bar à cocktail, en relisant aux serveurs-aux serveuses leurs tonnes de lettres de refus, c’est vous dire. Par exemple, elles et ils ont regonflé la piscine et ont même entrepris de tondre toutes vos pelouses intimes, où, mais on vous avait prévenu(e)s, plus rien ne repoussera, après. Dans le fond, avec l’été et ses vieilles recettes de bonheur simple revenues au milieu de la casserole, la seule question qui vaille d’être posée, la voici, la voilà, déjà attifée comme une pin-up des campings, sculptée comme un torse de CRS de la mer, oui, la voici-la voilà : les poètes de N.A.W.A, ont-elles, ont-ils, un rôle à jouer au milieu de tous ces corps insolents de santé, sous peu promis aux boucheries ordinaires du soleil, aux piqués suraigus des moustiques, aux Kundéra et autres Musso pour caler la serviette, à l’oral de rattrapage du bac ?