Époque

Dans le supplément mode

du Figaro

l’acteur Raphaël Personnaz

pose de façon automnale et pluvieuse

Le but de ce shooting

est de présenter

les habits

toujours un peu plus neufs

de l’homme moderne…

Non parce que…comme l’écrit

une des journalistes :

ce numéro est dédié

aux hommes qui savent

ce qu’ils veulent…

Nous sommes à Rouen…

Cette installation poétique

est vaguement entretenue

par les quais

couchés sur un lit

de pisse

et nous sommes même

samedi

à l’ouest d’un épisode

inédit

de la Seine

Le tic-tac de coq qui grince

au vent

de cette montre que je tiens

de mon père

indique 8 h et des poussières

levées de très bonne heure

par les camions

au bras puissant et à la raison

ferme

de la voirie…

Rouen se moque de toutes ces

panoplies tout terrain

lancées sur les rails

du luxe

par le supplément mode

du Figaro…

Rouen à force d’être

superficielle

en devient profonde

Aussi profonde et triste

qu’un samedi matin…

Vu la quantité de cigarettes

dont je me moquette

les poumons

avec l’air insouciant

de celui qui se fiche

éperdument

de résoudre la pollution

plastique

je ferais mieux de me renseigner

sur d’autres manières

plus respectueuses

de mon environnement mental

oui d’autres manières

de parfumer

mes samedis matins…

Oui mais voilà…

ça fait plus de cinq mois

à présent

que tes lèvres et ton regard

de miel

et tes pieds et tes mains

et tes cuisses et tes fesses

et tes tétons que tu appelles :

tes petits nerveux

et tes seins «  tes doudounes »…

ça fait plus de cinq mois

qu’ils s’organisent dans mes yeux

comme autant de petits

rouages…

L’acteur Raphaël Personnaz

pose de façon automnale et pluvieuse

dans le supplément mode

du Figaro

Nous sommes à Rouen

et je me moque du but

de ce shooting

Dans la salle du petit déjeuner

notre petite affaire

ça avance

et je me moque des effets toniques

de l’orange

Je te regarde et j’attends

que tes yeux se réveillent

Et je me fous de savoir

si ces lignes

auraient pu être écrites

sous la dictée

d’un artiste au discours

qui tremblera d’ici peu…