Et je t’aime aussi

J’ai reconnu l’amour plusieurs fois

divisée en deux à la verticale

poumon droite et poumon gauche

séparés

intensément ouverte

comme toutes les femmes

d’avant celle que je suis

ouverte aux histoires d’amour

combien de fois dépassés

et je t’aime aussi

le corps à présent

plié en deux

à l’horizontale

le corps

d’entre toutes les femmes

à l’exact endroit de l’entrouvert

où tu entres

comme tu veux

sans forcément avoir besoin d’autre chose

que ton regard

ta langue tes doigts ta bouche

toi

tout entier

entièrement tout

où poreuse

je t’aime aussi

même pliée en deux

sans que rien plus jamais

ne s’échappe ni n’entre

puisque ton regard

ta langue tes doigts ta bouche

sont déserts

autant que je le suis

déserte d’entre toutes les femmes

qui m’ont habitées

me laissant désormais seule

avec ma propre histoire

qu’aucun sang ne révèle plus

qu’aucun sang n’étreint.

Alors au seuil d’un irrémédiable

je m’assois contre un arbre

que les fruits

TOUS

en tombent

comme morts.

Et je ricane de tous mes pouvoirs

le cul nul

offerte à l’arbre

aussi fort qu’un homme

et j’attends

que le sang coule

consciente que si quelques chiens

venaient à le gouter ils seraient enragés

et que leurs morsures inoculeraient un poison

que rien ne pourrait guérir.

Mais excepté la douleur

rien ne coule.

D’entre toutes les femmes si seule

comme portée d’autant de solitudes

cherchant d’autres arbres

où naître chaque fois

plus vif encore.