Hansel et Bretzel (ou le capitalisme de la petite faim)

Je ne bois pas

je ne fume pas

je ne vote pas

mais j’adore le sel

et encore plus le beurre salé

de plus j’aime fidèlement

les pâtes

le chocolat

le pain de campagne sans campagne

les gâteaux apéritifs m’obsèdent

et je vénère le sucre

mes troupeaux de veaux d’or

et la viande rouge est ma couleur préférée

et le jambon d’Espagne

est une tuerie préméditée

se boucher les artères à ce compte là

je veux bien

parfois je me fais du riz pour pénitence

et ça repart deux fois plus fort

si j’étais Hansel

je tromperai Gretel avec Bretzel

pour me faire pardonner

je nous emmènerai chez la sorcière

prendre l’apéro

on bernerait la vieille

avec notre petit doigt

on lui demanderait d’agrandir sa baraque

une aile supplémentaire

avec pour murs porteurs

des pizzas et des burgers

on serait des rois

sous lequel le trône cèderait

on serait énormes

enfin à la mesure de notre égo

mais pas encore assez

ce qui m’obligerait à renvoyer Gretel en pension

pour lui prendre sa part

car à la fin il ne peut en rester qu’un

je médite cette pensée

assis sur une boite à fromages

une citerne de soda dans le jardin

et le soir quand les légumes poussent au loin

la clameur de leur revendications ne m’atteint pas

je m’entame l’identité

avec de savoureuses blattes grillées

moi je dis

la bouche pleine

le capitalisme est mon seul régime

il n’y a pas besoin d’écrire sur l’homme

quand il peut fondre sous la dent

Gretel c’est pour ça que je t’aime

tu peux revenir mon petit creux

et n’oublie pas la poésie au Drive

je t’attends à table

un seul couvert

une seule faim

mais qui dure toute une vie

M.G.