La fugue

Un matin au réveil, il a pris ses jambes à son cou et a couru droit devant lui sans s’arrêter. Il a traversé la ville si vite que ni les chiens ni les humains ne l’ont vu passer. Il a slalomé entre les arbres d’une forêt noire et verte puis a continué sa fuite dans les vallons et les plaines sans halte. Parvenu à un grand lac couleur glauque, il a poursuivi son échappée en bondissant sur l’eau. En vingt-quatre enjambées il s’est trouvé devant une montagne colossale qu’il a gravie d’un pas alerte et régulier de la base au sommet.

Arrivé au point culminant, il a interrompu sa course, a regardé autour de lui, la main en guise de visière et a tenté de se rappeler pourquoi il était parti si loin de chez lui. Il n’en avait plus aucune idée et s’est alors demandé s’il ne l’avait jamais su car, du premier pas de la fugue au dernier pas à la cime, aucune pensée agréable ou désagréable n’était venue faire obstacle à son élan.

Il a donc entrepris quiètement le chemin inverse.

Au retour, il a trouvé sa femme assoupie devant un dîner froid et des chandelles consumées. Il l’a portée jusque dans leur lit, l’a couchée et s’est allongé contre elle, paisible et bienheureux.