L’aigreur est humaine et Dylan n’a jamais été un grand technicien de l’harmonica

Les poissons-chats de la rivière
Rébenty
se sont mis à s’enfoncer
dans le sable
moustache par-dessus tête
alors que j’écrivais dur
le coude à la portière
un truc à l’harmonica
où il était question
de s’arranger avec l’aigreur
Voilà pour le contexte
et les enjeux flottants
d’un long plan-séquence
au cours duquel un homme –
prétendument né pour tout autre chose
mais quoi ? –
assisterait comme un singe savant
sur une bicyclette
à la lente agonie de la lumière
quelque part en province…
Reprennons
La veille j’avais définitivement
tourné le dos
à la grande ville
un refrain de Dylan
incrusté dans la peau
qui me poussait sous les ongles
Dans la vie ce que je fais
c’est musicien
Une fois
déguisé en père Noël
avec une barbe considérable
j’ai même joué du heavy-metal
en soufflant dans une cornemuse
afin d’assurer la qualité
de l’accueil de jour
pour un centre de la fondation
Abbé Pierre
Mais les pauvres sont parfois
méchants
Leurs larmes à force
j’en ai fait mon bureau…
Les bénévoles du centre distribuaient
ce jour-là du pain d’épice
moisi mais en tranches
Je me souviens d’une
parmi tant d’autres
qui carburait au thé vert
et à l’empathie
Elle vivait dans le bas Montreuil
soit le vingt-et-unième arrondissement
d’une certaine idée
de Paris
Le Brooklyn de l’intermittence
nouvelle vague
avec ses rues des regards – fenêtres
grandes ouvertes sur le monde
mais moins sur « Mali-sous-bois »
comme elle plaisantait
juste avant d’enfourcher
son vélo à l’écologie
fuyante…
Finissons-en
Les poissons-chats de la rivière
Rébenty
où d’abord on n’a jamais vu
de poissons-chats
se sont mis à s’enfoncer
dans le sable
qui de toute façon n’existait pas
Pas plus que Dylan
je n’ai jamais su tirer un son
honnête
d’un harmonica
Mais l’aigreur est humaine
Il paraît que les pauvres et les bobos
ça n’existe pas
et il se murmure même que
quelquefois
le bonheur est dans l’ignorance
Alors en avant la musique
tant que nos rêves
auront envie de faire les poubelles…