L’été, demain

C’est l’été, demain, me dit-il. Et à nouveau, ces voix qui t’appellent. Elles viennent du fond des rues. Des rues, jadis familières, où nos pas en principe ne nous mènent plus. Des voix comme des lumières. Comme des ombres dans le ciel. Des voix et des ombres qui ne sont pas prêtes à mourir. Non. Pas encore. Tu t’endors en fermant les yeux à moitié. Une porte claque et, ça y est, tu les entends. Paris et ses zones neutres. Paris et ses zones grises. Le vent qui souffle là-dedans, tu dirais un diable tout en flammes. Des voix comme des lumières. Comme des ombres dans le ciel. Les personnages se désespèrent. Les premières joies naissent dans la dernière bière. Les pleurs, mais un peu plus tard, rendent aux océans tout le sel de la terre. Une fille t’embrasse sous un porche. Elle place son cœur au centre de tes lèvres. Au centre exactement. Mais elle héberge une copine, tu comprends? Alors, ça n’ira pas plus loin. C’est doux. C’est tendre. Et même, sa langue c’est comme si elle lançait des chats en invoquant des tendresses minuscules. La magie d’une rencontre et de l’instant. Quand sa bouche dit stop, bien sûr que tu comprends. C’est une fille qui a du beaucoup sucer son pouce. Tu la regardes se faire avaler par la brume où son premier grand amour l’attend. Mais déjà les chiens errants ont flairé une piste. Ensuite un chauffeur de taxi te supplie:  » jeune homme, j’espère que vous n’avez pas d’autres états d’âme à m’infliger. Parce qu’il est tard. Je tombe de fatigue et votre nez saigne comme un feu de la Saint-Jean… » Et à nouveau ces voix qui t’appellent. La nuit s’apprête à traverser la grande eau. Et à nouveau, ces voix…Me tenir juste en face d’elles, il m’arrive encore de croire que c’est tout ce dont j’ai besoin. Oui. C’est l’été, demain…