LODÈVE

le spectacle a lieu dans la cour de la vieille demeure

je regarde

le ciel bleu

découpé par les hirondelles

je regarde

la façade de la maison

en contreplongée

et sa drôle de gargouille

ce nid d’où dépassent deux têtes

d’oisillons

ils pépient plus fort

que les comédiens du spectacle

ont-ils faim ?

meurent-ils d’envie de se lancer dans les airs

à la suite de leurs parents

et moi

ai-je jamais quitté

le mien de nid ?

j’ai pépié

piaffé autrefois

mais me suis-je jeté dans le vide

pour de bon ?

l’ombre d’une petite plume moche

plane

caresse un volet en bois

mille fois plus jolie que la plume

c’est avec elle que j’aurais dû commencer ce poème

ma voisine de gauche pousse un petit cri

le spectacle n’a pas encore commencé pourtant

je suis son regard

un oisillon s’est écrasé dans un coin de la cour

il a fait le grand saut depuis le nid

ma voisine articule

les comédiens

ils ont intérêt à être bons

pour nous faire oublier tout ça