UN EDITO (RIEN QUE) POUR MOI

Cher Frédérick,

Tu ne vas pas faire semblant. Tu reprends du service auprès de tes camarades de « N.A.W.A. » et tu te poses des questions. Enfin, il vaudrait mieux que tu aies des questions, puisque tu disposes au moins d’une réponse à exhiber. Une réponse de sale gosse peut-être, mais une réponse.

A quoi ça sert, « N.A.W.A. » ? Pourquoi continuer d’écrire tes espèces de poèmes, alors que tu te moques à présent de publier un énième recueil de poésie chez X ou Y ?

Et surtout, surtout, tu bosses à un nouveau roman qui te demande un boulot de dingue. Et qui doit être fini le 15 mars prochain.

Non, ce roman ne te demande pas un boulot de dingue (d’une certaine façon, cela fait trente ans que tu te documentes pour en préparer la rédaction), mais il te hante pire que tout une colonie de fantômes.

Alors, « N.A.W.A. » ?

Il n’y a rien de logique, là-dedans. Et c’est tant mieux.

Tu veux jouer à l’autodidacte qui brosse ses souvenirs cauchemardesques de rentrée ? Vas-y, mon gars, c’est le moment, on a dit « N.A.W.A. de rentrée », tu vas pouvoir en parler de cette saloperie de « collège unique dans les années 80 », et de tout le reste.

Ou tu fais plus court. Et certainement pas « table rase ». Tu fais plus court grâce à ta « longue mémoire V-H-S ». Il existe une scène, la scène finale d’un film de John Boorman, La guerre à sept ans. L’œuvre autobiographique de l’auteur de Délivrance et de Excalibur. La « WWII » vue par les yeux d’un gosse, en Angleterre, sur fond de V.2., de champs de ruines reconvertis en terrain de jeu et de déchirements familiaux. Une merveille de « comédie dramatique » comme on disait dans les Télé 7 Jours de ta grand-mère. Dans le film, tu t’en souviens, ce que craint le jeune John, plus que les ravages du conflit, c’est la reprise de l’école (suspendue jusqu’à nouvel ordre pour cause de frittage entre nations). Finit par arriver ce qui doit arriver, le D-Day si redouté, le petit matin froid de la rentrée pour Boorman junior. Sous ses yeux accablés, s’enchaînent les rues qui le mènent à son collège. Quand, tout à coup… le vide. Le trou. Le soulagement. Plus de bahut. Ses hauts murs de briques rouges se sont volatilisés. L’une des dernières fusées-bombes envoyées depuis l’Allemagne a eu raison de l’établissement dans la nuit. Et le kid, le futur réalisateur de La forêt d’émeraude, de sauter de joie et de crier vers le ciel « Merci, Adolf ! ».

On te dira : « Tu ne peux pas finir ton édito là-dessus. »

Ben, si. Œuf corse (as San-Antonio said). Avec cet édito de rentrée, je m’offre un zoom sur l’Angleterre qui nous quitte en cet automne de Brexit. Because tel est mon bon plaisir.