Western spaghetti

Ce soir d’été 2012, je rencontre Brigitte Fontaine.

Elle fume des Craven A, boit du whisky, prend des médicaments, tout en même temps. Elle porte une clé gigantesque autour du cou.

C’est la clé de la porte de Paris.

Elle se mire dans une psyché. Sa robe blanche est celle d’un créateur japonais.

Elle est belle, n’est-ce pas ?

La voix de Brigitte Fontaine.

A ses pieds, des sortes de tongs en bois qu’elle porte avec des chaussettes.

Areski passe par là, lui demande de ne pas trop boire, de ne pas tarder à aller se coucher. Ils ont de la route. Elle sort de scène, elle doit se reposer. Ils se tiennent la main.

Ils se tiennent la main. Elle dit qu’elle arrive.

Sur la photo que Stéphane Vignoli prend de nous deux assises sur un vieux canapé en cuir, elle fixe l’appareil avec un air de jeune effrontée de 73 ans maquillée comme une indienne de western spaghetti.

photographie : Stéphane Vignoli, juillet 2012